Vie parisienne

Dans ma ville
Deux pigeons rodomonts
roucoulant et bedonnant
rue Jouffroy sur le balcon
couvent trois œufs tout blanc

Dans ma ville
Des abeilles en monceaux
fabrique pour l’hiver le miel
avec les fleurs du Parc Monceau
sur un toit de l’avenue Niel

Dans ma ville
Deux canards sauvages de passage
tapis sur un rondin
ont passé la nuit très sages
rue d’Assas dans le jardin voisin

Dans ma ville
Une mésange poitrail jaune d’or
volette gracile et agile
et les graines picorent
sur le sol rue des Thermopyles

Dans ma ville
Un désordre d’herbe folle
pousse entre les graviers
et se moque frivole
Villa Compoint des jardiniers

Dans ma ville
Un Catalpa de deux mètres
a percé le bitume
au destin ne voulant se soumettre
rue de la Félicité je présume

Dans ma tête
Sous la chape des idées convenues
surgissent en batteries
des mots tout crus tout drus tout nus
aux quatre coins des rues de Paris

 

 

 

 

 

 

 

Piliers du jardin d’Eden

Un olivier sept fois centenaire
Un platane de cinq siècles son cadet
Piliers de mon jardin d’Eden

En ce printemps
débarrassé des scories de l’hiver
le platane arbore son armure blanche
Son casque verdoyant soutenu par des branches tortueuses
retentit des « rou-rou-rou » des pigeons amoureux

En ce printemps
sculpté par des siècles d’intempéries
l’olivier raconte sur sa carapace
l’histoire de sa survie
De fines branches le couronnent d’une lumière argentée

Le platane orgueilleux et fier à l’assaut ciel
rêve de conquérir les étoiles

L’olivier trapu et humble ancré dans la terre
étale ses racines longues jambes nouées

Ô Platane
Quel plaisir de caresser ta peau lisse
de coller mon corps contre ton buste puissant
et capter le bouillonnement de ta sève
Source d’envol
Feu et Air

Ô Olivier
Quel bonheur de m’asseoir adossée à ton tronc
d’écouter en caressant ton écorce la lenteur de ton ardeur
et la promesse de ta récolte
Force de vie
Terre et Eau

Piliers du jardin de mes délices
force énergie sérénité
Merci

© peinture de l’auteur

 

 

Une nuit…

Entre 4 heures et 4 heures
j’ai arrêté le temps
j’ai ouvert son cadran à deux battants

Mes yeux ébaubis
s’emplirent de longs corridors où
s’entassaient hommes femmes enfants

Ils pleuraient des larmes de sang
qui se coagulant sur des longs parchemins
écrivaient l’histoire des vivants

Leurs bouches ouvertes
hurlaient les douleurs reçues
les horreurs vécues

Sur le ciel béant
se projetaient des corps déchiquetés
des ruines désolées

La mémoire des mémoires enfouies
entretient une souffrance accumulée
qui sans fin se reproduit

Pour quelle finalité ?

J’ai refermé la porte à deux battants
Le temps a repris son tempo indifférent