Croire

Dans le bourg de mon enfance
le cimetière bordait le jardin de la maison
il fut le refuge des heures de solitude

Sur une tombe était inscrit
« Gabriel – 1900 – 1907 – »
j’avais l’âge de cette mort
j’ai adopté Gabriel

Je garnissais sa tombe de fleurs
m’asseyais sur la pierre
racontais sans parler
peurs peines rêves révoltes
il m’écoutait à l’intérieur de moi
séchait mes larmes et souriait
illuminant ma tête et mon cœur
d’une douce présence

J’ai quitté le bourg le jardin et le cimetière
j’ai demandé à Gabriel de devenir
mon ange gardien
il a accepté et veille sur moi
je le sais

Au cours de ma vie
des personnes m’ont confié se sentir protégé
dans leurs yeux je voyais de la lumière

Au bout de cette existence
je constate que la croyance d’être accompagné
conjure la destinée

Suffit-il de croire ?

écrit en 1992

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le non lieu

Aussi pénétrant
que la résonance vibratoire du bol tibétain
il existe un espace sacré
où les mots ne pénètrent pas
où le sens n’a plus de sens

C’est un lieu en toi et hors de toi
il relie les poussières d’étoiles que nous sommes
à l’immensité du cosmos
Il exprime le silence du vide plein

C’est un lieu qui n’est pas un lieu
un espace qui n’est pas un espace
un moment qui échappe au temps
une connaissance qui ne peut être démontrée

Il est le lieu de l’Indicible
le Lieu sans nom
racine et source de l’Amour

s’y rendre
à chacun sa méthode et sa vérité
il commence là où finit le connu
son entrée est dans le trou noir de l’Inconnaissance

Mourir

C’était un beau jour pour mourir
comme un pressentiment
peut-être aujourd’hui
une voiture folle la faucherait sur le trottoir
un pot de fleur se décrocherait d’un balcon au-dessus de sa tête
un fou de dieu sortirait son couteau
un snipper embusqué la viserait avec plaisir

C’était un beau jour pour mourir
elle se sentait en paix avec elle-même.
cette vie la détachait des choses matérielles
elle ne tenait à rien qui vaille la peine de s’attarder
la lutte pour continuer était épuisante

Le grand sommeil la reposerait un temps
un temps de temps
celui d’avoir envie de revenir
continuer épurer alléger savourer à nouveau

Elle eut une pensée pour ces êtres croisés
insuffleurs promoteurs jouisseurs de vie
elle était satisfaite de n’être pas dans ce dessein.
re-commencer re-commencer était une tâche épuisante

Et un nouvel amour
murmura une petite voix à l’intérieur

Un nouvel amour 
la promesse d’un nouvel amour 

Etait-ce vraiment le bon jour pour mourir ?

 

texte de 2005