Instant suspendu

En fœtus dans la matrice de la nuit
comme dans le ventre de la mère
je ressens les battements lents d’un cœur vivant
j’entends les mouvements d’un ventre s’activant
je goûte l’air dans mes poumons pénétrant

Un silence profond berce un esprit batifolant
hésitant entre l’embarquement
vers la cité des rêves inconscients
ou la rationalité d’un jour naissant

Instant suspendu des possibles
ouvrir la porte des ombres souterraines
laisser jaillir les mémoires souveraines
s’abandonner au sommeil paisible imprévisible

Le réveil sonne
A dieu
rêves
alanguis dans la nuit
abolis dans l’oubli

Au mois de mai ….

Depuis la nuit des temps
le temps de la nuit était venu

C’était au mois de mai
les saints de glace sur le calendrier s’affichaient

Sur notre belle et petite Planète Bleue
les ressources disponibles étaient déjà épuisées

De par le monde
maintes forêts brûlaient
détruisant nos plus nécessaires alliés
les arbres
poumon de la vie et de nos vies

Sur notre lopin de terre
une canicule inédite s’annonçait
la terre ridée sous les pas gémissait
l’eau des torrents et rivières
dans les sols s’infiltrait
dans les airs s’évaporait
ne provoquant nulle ondée

Nous étions au mois de mai
la vie insouciante continuait
au mois de mai fais ce qu’il te plaît

Seuls quelques lucides évoquaient une sixième extinction
les politiques enregistraient les sinistres orientations
poursuivant leur chemin d’élu de la nation
ignorant les pertes pensant au profit des actions

ENVOI

Que la sagesse des trois singes
Mizaru Iwazaru Kikazaru
interroge les nuits des saints du mois de mai

Ne pas voir le Mal
Ne pas entendre le Mal
Ne pas dire le Mal 
À celui qui suit cette maxime
Il n’arriverait que du bien

Alors tout va bien Madame la Marquise
en mai fais ce qu’il te plaît

Printemps au Val des Merveilles

Après des jours et des nuits de blancheur congelée
après les nuits très longues et les jours très courts
après le long sommeil de la terre en gestation

Un matin le fond l’air n’est plus aussi glacé
un matin le ciel contient une lumière inattendue
un matin le silence profond se remplit de légers friselis
un matin le long hiver se tait
un soleil timide doucement éprend la nature
lentement la vie se dégourdit

Et le premier temps du printemps sourit
primeur aux primevères aux fragiles crocus
aux jonquilles aux calices jaune d’or
des branches des bourgeons jaillissent

La concentration du repos hivernal explose
une énergie nouvelle se distille
chaque cellule s’ébroue de plaisir
murmure l’hymne à la vie

Pourtant près des cerisiers pommiers poiriers en fleurs
nul bourdonnement
d’abeilles des guêpes bourdons et papillons
où sont les pollinisateurs butineurs
qui de fleurs en fleurs déposent le pollen fécondant

Que ce silence
fasse germer en nos esprits
l’urgence de maintenir en cette terre mère
la récolte menacée des années à venir

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