Feuille de route

                                                                   I

Dès que l’ange a mis son index sur nos lèvres
nous sommes déterminés à affronter une vie nouvelle
nos esprits incarnés oublient le chemin du retour

Ainsi…
Nous partageons les territoires communs peuplés
des ombres du passé
Nous affrontons les tempêtes qui couvent dans nos têtes mal construites
Nous gémissons dans nos corps de la rigidité des pensées toutes faîtes
Nous marchons encore et toujours par tous les temps en tout temps
Nous maudissons les contraintes et les nuits sans lune

Cheminer est la règle et la règle dit :
allume des foyers d’amour pour embraser les coeurs indifférents
fais vibrer la périphérie pour retrouver le centre
oublie l’égo qui agite
dissous-toi pour reprendre forme
laisse le courant te guider vers la mer lactée d’étoiles

Avance
vivant d’entre les morts
avance de bonds en rebonds
comme le caillou ricochant sur l’eau calme
en apaisante apesanteur
Avance

(Inédit – 2016)

Le pays sans nom

Dans le cœur d’un pays qui ne dit pas son nom
au centre d’un cercle entourée par la nuit
je me réfugie dans un halo de lumière

Dehors l’orage et les éclairs racontent la colère du ciel
nourrie d’énergie tellurique et de rosée matinale

Possédée par l’odeur de terre brûlée et de sous-bois décomposé
je capte les rêves égarés des promeneurs de silence

des mains qui semblent miennes
mélangent les couleurs
malaxent les formes
empilent les lettres
libèrent les sons

des pages blanches se remplissent de messages à décrypter

le cœur de ce pays qui ne dit pas son nom
contient ce qui ne se nomme pas

Je le quitte parfois
et reviens dans l’autre monde

Les regards s’écarquillent et cherchent un sens
Je reste coi et muet

Le pays qui ne dit pas son nom ne possède pas de clés

(écrit à l’occasion de l’exposition des peintures de Marie-Martine Marchand)

 

 

 

La marche et le chemin

Un long temps
j’ai cheminé les yeux rivés au sol
posant mes pas sur les rides de la terre
tentant d’éviter les ornières profondes
les crevasses remplies de boues nauséabondes
j’observais tentant de trouver le bon sillon

J’ai suivi le flot des humains
courant vers la sortie ou
grimpant vers le sommet

Certains avaient de la lumière dans les yeux
ils éclairaient la route
j’emboitai leurs pas
m’accolai à eux
fusionnai en orgasmes remplis d’éclairs

Solitaire
je reprenais la marche
convaincue que chacun avait son chemin
j’ai souvent perdu le nord
mettais les pas sur mes pas
tournais en rond

Fatiguée
j’ai abandonné la quête
me suis allongée
dans l’odeur d’humus et d’herbe fraîche
j’ai regardé le ciel et
découvert l’étoile du nord

Désormais
je chemine les yeux remplis d’étoiles
saute mouton dans les nuages
m’habille en couchers de soleil
je ne cherche plus le chemin
Il est en moi

(inédit)

 

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