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Je suis

Je suis
ce mot jaillit
d’un demi-siècle de petites morts
en résurrections passagères

jaillit
comme une évidence
une re-connaissance
une re-naissance

il a le goût savoureux des premières fois
le parfum élégamment épicé de l’inconnu qui surgit
il est dans le présent de l’ici et maintenant
et dans ce temps qui vient
et m’accompagnera au bord du gouffre de l’infini

Je suis
ce mot m’octroie la force du géant ancré dans le sol
dont les cheveux caressent les étoiles.

Je suis
me pose
sereine devant toi et ton droit d’exister

Je suis
m’inocule la densité d’un roc 
qui décourage les érosions les plus sournoises

Je suis
me murmure les notes des ondes interstellaires
qui me relie aux étoiles

Je suis
me révèle un espace inconnu inexploré
qui se vêt des couleurs les plus attirantes

Je suis
et je rends grâce à tous les femmes/hommes de mon chemin
qui ont ouvert une à une les portes des remparts et libéré les chaînes

Je suis
Je suis nue
Je suis belle
J’aime

Je suis cette goutte d’eau qui rejoint la mer

Perfusion

Je m’emplis de toi
de ton bruit
de ton silence

Les pores dilatés de ma peau
aspirent tes odeurs

les papilles assoiffées de ma bouche
avalent tes saveurs

l’intuition en éveil de mon esprit
noue les fils déliés

l’inclination naïve de mon âme
capte la beauté errante

les corps fusionnés trémulent

perfusé à ton sexe
le désir exacerbé déborde

des entrailles
une jouissance submerge

dans les creusets de corps apaisés
la pierre dessine une étoile

une pensée sans pensées interroge le mystère du Souffle
et s’amalgament à l’Anima Mundi

©tapisserie péruvienne

Incompréhension

Un œil regarde vers l’intérieur
le travail silencieux efficace et continu

de cellules microscopiques d’un corps qui veillent
sur 1,9 mètres d’acide désoxyribonucléique

de la tuyauterie qui charrie sang bleu et sang rouge
dans les 90 000 kilomètres de veines artères et capillaires

d’un cœur qui pulse environ 80 battements par minute
irrigant chaque organe assoiffé et affamé

des 90 milliards de synapses qui étincellent un cerveau
à la recherche de mots qui s’alignent

des 10 milliards de neurones interconnectés
à l’écoute du moindre desiderata d’un esprit ingrat

L’autre œil regarde vers l’extérieur
l’affairisme bruyant désordonné et agité

d’égos puissants sans scrupules qui entassent
profits et richesses pour la satisfaction de quelques-uns

de gouvernements big brother qui font régner la terreur
pour asseoir un pouvoir absolu et exploiteur

des sociétés écrans qui vendent des armes en cachette
pour alimenter les conflits et enrichir les plus argentés

des individus mûs par une peur entretenue et incontrôlée
de se voir retirer les acquis par des populations exilées

des politiques manipulés reportant de protéger
à plus tard l’échéance d’une planète en danger

L’œil intérieur et l’œil extérieur alignent leur regard
et avoue leur incompréhension :
Pourquoi des corps humains aussi intérieurement perfectionnés
peuvent tant de dysfonctionnements extérieurs engendrés ?

©photo : expo body worlds